Il faisait chaud dans la boulangerie du quartier où les habitués venaient chercher leurs pains, des sangak. D'un geste machinal les deux boulangers dansaient la danse du pain. Le premier s'occupait du four et le deuxième gérait les clients.
Un tour de 180° pour prendre la boule de pâte à pain bien levée.
Avec les 10 bouts de doigts des mains et en dressant les épaules vers le haut pour bien maîtriser l'aplatissement de la pâte il l'étale sur une planche généreusement huilé. Selon l'ordre de l'autre boulanger, il étale du sésame par dessus et le pain est prêt pour être cuit.
Il prend la planche et plaque le pain contre le four à pain où des petits cailloux tout chaud n'attendent qu'une chose : se faire refroidir contre la pâte blanche.
On approche le midi; une queue s'installe.
L'ouvrier assis sur un sac de farine dit au monsieur qui vient de se récupérer un papier journal(*) libre service au dessus de l'étagère : "Prend pas ce papier journal. Le sal chien est passé par là. Tu ne vois pas ses poils noirs ou quoi ?"
Alors que je qualifiais le ton de sa voix comme une agression, le monsieur lui remercie "Que dieu te protège de m'avoir prévenu de cette saleté de chien."
Une chose est sûre, en Iran les chiens ne sont pas aimés.
Je ne sais plus par quel miracle, nous avions récupéré un chien tout blanc, tout poilu qu'on avait nommé Whisky. Maman le lavait tous les jours. A cette époque, elle avait un refrain : "Je ne sais pas pourquoi, mais ce chien sent toujours le chien."
Pauvre chien !
Le chien n'a pas duré. Il a vite été expédié je ne sais où !
Mon tour s'approche; malgré mes observations, je n'ai toujours pas compris comment les gens passaient la commande. L'angoisse monte; je serre fort mon billet de 200 toumans. Plus tard, j'ai compris : soit ils montraient le nombre de pains avec les doigts 2 pour dire deux, 3 pour dire trois, ... soit ils se servaient puis laissaient l'argent sur la table et partaient sans dire mot !
En France, j'entre dans la boulangerie, je dis "bonjour".
La boulangère me répond "bonjour".
Une baguette s'il vous plait.
80 centimes.
Je paie.
La vendeuse me dit "au revoir".
Je dis "au revoir".
J'allais acheter un jeu de société pour enfant dans un magasin de jouet dans le 15ième arrondissement à Paris. Je craque encore une fois pour ce jeu où les enfants jouent contre le corbeau. Le vendeur est bien sympathique; patient, il m'explique toutes les possibilités de jeu de société de son petit magasin. Au bout d'un certain temps, sa patience m'exaspère; il sent trop fort la clope !
Avant de partir, je vois un chien noir avec un collier rose. Connaissant la susceptibilité des français sur leurs chiens, non seulement je ne marche pas sur sa queue mais consciente d'être une sale hypocrite, je lui dis "Quel beau chien !".
Le vendeur : "Chienne madame, c'est une chienne. Elle s'appelle BZZZBZZZ et il est de race ZBBBZBBB." (**)
(quelle tête de nœud je fais ! Mais tu n'as pas vu son p'tain de collier rose ou quoi !)
Mitra : Je vous prie de m'excuser Monsieur.
(*) Le papier journal sert à envelopper le pain chaud.
(**) Je vous prie de m'excuser d'avoir oublié le nom de cet animal qui ne m'a rien fait de mal.
Libellés : Iran