Patogh-e-Mitra

"Patogh" est un endroit où on se sent bien. Cet endroit existe dans le but de construire un avenir digne de ce nom.

20 juillet, 2006

Acculé

Parce qu'il fallait vivre, ces yeux obstinés, s'ouvrent le matin, se ferment la nuit comme une automate. Ils se sont figés sur un détail. Le temps de s'appercevoir qu'ils creusent le décolté de cette jeune fille un peu énervée, que sait-on par qui et par quoi. Démasqué, ils cherchent refuge encore et encore sur un autre détail jusqu'à ce que les quelques fonctions vitales donnent l'ordre de se fermer pour ne pas être vu. Jusqu'où peut-on refuser de voir, d'entendre de toucher mais de vivre quand même ? A perdre la mémoire, la vie devient insignifiante. Ce qui est lu aujourd'hui est oublié demain. Hier, croire connaître Bacon, l'aimer, aujourd'hui le fuir dans sa mémoire.

Le temps passe, la tombe nous sourit.

Le temps de faire une pause, prendre la fuite de l'espace devenu pesant.
Le temps d'absorber à petite dose une drogue pour voir la tombe nous faire le dos.
Le temps de s'éloigner de l'un pour se rapprocher de l'autre. Valser entre l'oublie et le passé.
Je verrai si je serais intriguée par le suspens du futur.

10 juillet, 2006

Forough Farokhzad (1935-1967)

Elle est la femme la plus connue dans l'histoire de la littérature persane.
Elle s'est mariée à l'âge de 17 ans et eu un fils un an après.
Elle a divorcé peu après et a demandé sa liberté dans une époque où cela ne se faisait pas. Rebelle, elle s'est battue pour la liberté de la femme en s'exprimant notamment par la poésie.
En voici un de ses écrits que j'aime beaucoup :

Oh oui, plus que cela,
plus que cela peut-on rester éteint.
De long moment on peut,
avec un regard tel le regard des morts, figé,
fixer la fumée d'une cigarette,
fixer la forme d'un verre,
la couleur terne d'une fleur du tapis,
le trait sans relief d'un mur.

On peut tirer le rideau d'un côté et voir.
Il pleut dans la rue,
un enfant est debout, sous un abri, avec un cerf volant en couleur.
un vieux véhicule fait le tour d'un rond point en faisant du bruit.
On peut rester ainsi, debout devant le rideau,
mais aveugle, sourd.
On peut crier avec une voix étrangère.
J'aime.

On peut rabaisser avec adresse.
Seul, on peut résoudre n'importe quel étrange énigme.
Seul, on peut en trouvant une réponse sans importance se donner du plaisir,
oui, une réponse sans importance,
cinq ou six mots.

On peut comme zéro dans la division, l'addition, et la multiplication avoir une réponse semblable.
On peut prendre le coin de ton oeil pour un bouton sans couleur d'une vielle chaussure.
On peut comme de l'eau, sécher dans la profondeur d'un trou.
On peut voir avec honte la beauté d'un instant, comme un drôle de photo noir, cachée au fond d'une valise.
On peut dans le cadre du tableau vide d'un jour, jouer le rôle d'un criminel ou d'un perdant.
On peut habiller la nudité d'un mur.
On peut, comme des poupées regarder le monde avec des yeux en verre.
On peut sous n'importe quelle pression crier et dire : oh, je suis trop heureux.