Patogh-e-Mitra

"Patogh" est un endroit où on se sent bien. Cet endroit existe dans le but de construire un avenir digne de ce nom.

20 mai, 2008

La honte

A environ 50km de Téhéran il s'est garé devant un poste de police. Je pensais d'abord qu'il allait dans une de ces toilettes de restaurant de routes où l'odeur de kebab attire les riches et fait saliver les pauvres.

Il m'a dit : "Mitra, je dois aller payer une amande ? Je ne dois pas en avoir pour longtemps".

A cette période, l'attente m'était complètement égale. Je pouvais me retrouver à ne rien faire durant des heures. C'est ce que je fus jusqu'à ce que je m'aperçoive du fait que beaucoup de temps était passé sans avoir de ses nouvelles.

Tiens, le revoilà de retour. Il s'assoie vite, me dit quelques mots, je sens son dynamisme, on prend la route. On parle ensemble de tout et de rien comme si de rien n'était. Je ne me pose aucune question car l'important c'est qu'il soit là, de retour.

Une vingtaine d'années après ce jour, il m'apprend que ce jour là, il avait rendez vous pour se faire fouetter par la police des mœurs. Je suis restée bouche bée ! Et alors, tout s'est passé très vite dans ma tête, un flash back et un slow motion pour tout revivre au ralenti. Je me suis traité d'idiote de ne pas avoir compris, de ne pas avoir été pour "aide".

Nombreux sont ceux qui ont des casiers judiciaires en Iran pour avoir fait ce qu'ici on fait honorablement : sortir, boire dans un pub, danser avec des filles, ...

Lui, il avait une ou deux bouteilles de boisson alcoolisée dans sa voiture.

Certains disent qu'il ne faut jamais lever la main sur un enfant. J'ai vu la honte qu'avait un enfant à qui on donnait une fessée. Je pense déjà la honte et le mépris que j'aurais si on m'infligeait cette honte.

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12 Comments:

  • At 20 mai, 2008 08:45, Anonymous tilly said…

    Chère Mitra, je n’avais pas vraiment besoin de cette belle histoire pour avoir les yeux qui mouillent ce matin… elle m’accompagnera longtemps.

     
  • At 20 mai, 2008 09:25, Blogger Mitra said…

    Contente de te voir par ici Tilly:-)
    Cette homme a beaucoup souffert sous les deux régimes. Voilà sans doute la force qu'il a à résister et à se battre à sa façon.
    Longtemps, je l'ai cru résigné mais l'ayant enfin vu en France (car interdit de sortie à l'étranger), vue l'endroit isolé où il vit, j'ai vu que'il a une capacité in considérable à suivre les événements internationaux.
    Il n'est pas le seul dans ce pays replié sur lui même.

     
  • At 20 mai, 2008 12:34, Blogger leblase said…

    Une histoire très bien racontée, et comme toujours vécue depuis ton point de vue personnel (si personnel;-).
    Le fait de punir est humiliant en soi, que ce soit le fouet, les ordres stupides, les menottes, la fouille au corps, les coups.
    Le rapport où l'un domine l'autre, du seul fait de sa position administrative (parce qu'il est flic, garde-frontière, bureaucrate, occupant, etc) est autant une source de honte que de rage.
    Il faut alors que cette rage fasse son oeuvre de façon constructive, en s'attaquant aux causes de cette domination, plutôt qu'indistinctement, à ce qui nous est étranger.
    On le voit bien en Irak, on le voit à Gaza, au Liban, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud chez les petits employés des propriétaires, en Occident dans les entreprises entre les petits chefs qui débarquent et les hommes mûrs qui sont sous leur direction..et on le voit en banlieue, où tant de jeunes sont harcelés sans cesse par la police.
    Malgré tout, il y a des gens bien, et il y a des monstres aussi bien parmi ceux qui punissent que ceux qui sont punis.
    Pour revenir à ton histoire: j'ai vu, par exemple, des pères Palestiniens stupidement humiliés devant leurs fils par de jeunes soldats israeliens. C'était inutile et inefficace, puisque tout ce qu'ont fait les soldats, fut de planter la haine et la honte dans le coeur des enfants.
    Cela, certains Israeliens s'en rendaient compte et le regrettaient.
    Mais les ordres...L'autorité...

    En Iran, où les révoltes sont aussi rares (Mossadegh, Khomeiny) que sauvagement réprimées et exploitées par des intérêts étrangers, on peut regretter qu'un peuple parfois si sophistiqué se laisse infantiliser.

    C'est bon, j'ai fini, vous pouvez passer à autre chose:-)

     
  • At 20 mai, 2008 14:48, Blogger Mitra said…

    Un commentaire extrêmement bien raconté;-)
    "C'est bon, j'ai fini, vous pouvez passer à autre chose:-) "
    Tu attends un thème en particulier ?

    "Malgré tout, il y a des gens bien, et il y a des monstres aussi bien parmi ceux qui punissent que ceux qui sont punis."
    Il y a donc du "bien" dans du "monstre" ? Poussé par un ordre, des gens biens se transforment en monstre. Est-ce la même chose que lorsque j'explique à boubou que lorsqu'il est pénible ce n'est pas vraiment lui mais le boubou méchant qui s'installe sur son épaule gauche à lui souffler de faire des bêtises ?

     
  • At 20 mai, 2008 14:58, Blogger leblase said…

    Non, je voulais juste m'excuser d'un commentaire un peu long..
    Oui, il y a du bien dans du monstre, tout comme il faut parfois être impitoyable pour parvenir à faire du bien.
    Le problème c'est que nous ne sommes qu'humains, donc infiniment faillibles.
    Cependant, si je prends ton exemple "poussés par un ordre, des gens bien deviennent des monstres" là il s'agît de tout autre chose. Des gens bien refusent l'ordre qui ferait d'eux des monstres.
    C'est là qu'on voit que, si les gens vraiment biens sont une minorité (car il faut du courage et de la liberté de penser), ils sont tout de même assez nombreux pour que l'espoir demeure.
    Tu peux souffler ça à ton boubou de la part du monstrueux leblase:-)

     
  • At 20 mai, 2008 15:03, Blogger Mitra said…

    Es-tu parmi des gens bien Leblase ?

     
  • At 20 mai, 2008 22:03, Blogger leblase said…

    Aujourd'hui, non.
    Autrement, il y a de tout: des gens bien, et puis des monstres.
    Ces temps-ci, j'essaye de faire bouger un groupe qui fait beaucoup de mal sans vouloir l'admettre et veut faire du bien.
    Pas gagné.

     
  • At 20 mai, 2008 22:15, Blogger Mitra said…

    Faut-il donc dire que le bien comme le mal reste relatif ?
    Celui qui pense faire du bien se tromperait parce que toi tu le dis ? Toi, le berceau du savoir ?
    Mais depuis quand est-ce que tu es le référent en matière de bien et de mal ?
    Où se trouve le repère Leblase ? Je suis perdue sur ce chemin que je pensais juste !

     
  • At 20 mai, 2008 22:46, Blogger leblase said…

    Tout est relatif, et subjectif bien sûr.
    Je le dis parce que je le constate: c'est un de mes rôles d'aller voir ce qui se cache derrière les beaux bilans.
    Je ne suis évidemment pas (quelle coquine celle-là) référend en matière de bien et de mal, mais quand je vois la sortie des eaux d'usine rendre malade une communauté, l'explulsion de gens qui n'ont pas de défense, l'agression physique contre des réfugiés ou des gitans (par exemple) je dis: cela fait du mal.
    Je le dis là où ça fait mal à ceux qui font mal.
    Que je puisse me tromper, c'est sûr. Que j'aie fait du mal, c'est sûr et je le regrette.
    Mais je ne juge pas pour autant ceux qui font du mal, je neles condamne pas comme étant de mauvais être humains.
    C'est d'ailleurs pourquoi à ta question de tout-à-l'heure je n'ai pas développé qu, s'il y a des gens biens autour de moi, il y a aussi des monstres.
    Mais "où se trouve le repère leblase?"
    C'est une très bonne question, et je te remercie de l'avoir posée.

     
  • At 20 mai, 2008 23:00, Blogger Mitra said…

    Ainsi donc tu te trouves dans une sorte de harmonie puisque le bien ne juge pas le mal et je suppose vice-versa.
    Je me demande même ce que tu ferais s'il n'y avait pas cette dualité puisqu'au fond c'est bien cette agitation tout autour qui t'anime. C'est bien celle-ci qui te fait tantôt mal puisque tu échoues et tantôt bien parce que tu réussi. Et entre temps, pour le turlutte de l'esprit, un coup de sitar pour mieux reprendre le champ de bataille le lendemain.
    Ainsi est la vie que tu aimes tant et qui m'écœure autant (sinon plus).

     
  • At 20 mai, 2008 23:28, Blogger leblase said…

    Mitra,
    tu es comme un petit oiseau qui croit qu'il n'y a pas de ciel lorsque tu regardes les nuages.

    Si tu me connaissais en vrai, tu serais surprise de voir à quel point j'aime la vie malgré la rage et la peine, la colère et l'assurance que je ne peux pas faire grand-chose pour l'améliorer.

    J'aime la vie d'autant plus que j'ai si souvent failli la perdre (la dernière fois remontant à ...mon dernier billet shplouquien)
    Tu dois aimer la tienne.
    Tu dois apprendre à t'aimer toi-même, à te convaincre que même avec tes failles, tes faiblesses, même avec ce que tu sais de toi-même et que tu cacheras au reste du monde parce que tu te juges: tu dois aimer ta vie.
    C'est un cadeau d'autant plus doulureux qu'il est beau.
    C'est d'autant plus difficile et merveilleux que tu es une jeune femme pleine de potentiel (sisi!).
    N'oublie pas certaines choses que je t'ai écrites.
    Tu n'aimerais être personne d'autre que toi, simplement parce que tu es unique. C'est la première (et la dernière;-) fois qu'il y a une Mitra comme toi: profites-en et fais-nous en profiter

     
  • At 20 mai, 2008 23:32, Blogger Mitra said…

    tss tss .. là tu changes de fil conducteur :-(
    Shame on you.
    C'est le commentaire le plus nieu nieu que tu n'aies jamais écrit Leblase.
    Moi dodo ... bonne nuit

     

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